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mardi 12 août 2008

Si loin de la simplicité volontaire…

La femme désorganisée fait son ménage de printemps à la mi-août. 12 gros sacs de vêtements et de jouets à donner, et ce n'est pas fini. La honte me monte aux joues. Comment peut-on accumuler autant alors que d'autres n'ont rien? Comment peut-on consommer autant alors qu'on se dit préoccupée par les effets de la surconsommation? La maison est pleine d'objets inutiles…

PS. Et que dire des vingt grosses bibliothèques qui ne suffisent même pas à contenir tous les livres qu'il y a dans cette maison? Mais pour ça, la ménagère résignée n'essaie même plus de proposer un tri – chacun de ces milliers de livres est, paraît-il, suprêmement précieux et je commets un sacrilège chaque fois que je suggère qu'on n'a pas besoin de posséder matériellement tous les bons livres.


vendredi 4 avril 2008

L'optimisme, pour moi, c'est ... (tag)

Cricri m'a donné la tag : « L'optimisme, pour moi, c'est… »


… tout sauf une disposition acquise.


Il y a un optimisme facile auquel on cède en fermant les yeux sur l'enfer qui est le lot de trop d'êtres humains. Je ne veux pas d'un bonheur facile et égoïste. Le monde est un cloaque, un égout sans fond et je ne veux pas céder à la tentation gnagna du tout est beau et oublier la souffrance des autres, céder à la tentation du bonheur version cheap qui se nourrit du repli sur son petit univers. À chaque seconde, des univers s'écroulent parce qu'un ami ou un parent meurt, à chaque seconde des enfants sont plongés en enfer, le désespoir gagnent des parents impuissants.


On me dira que je n'y a suis pour rien dans la souffrance des autres, que ce n'est pas moi qui allume les guerres, qui met le monde à feu et à sang, qui affame et génocide, qui viole, séquestre, isole, délaisse. Que nous ne sommes pas responsables, nous qui n'aspirons qu'à une existence paisible, nous qui avons affirmé plus d'une fois être résolument non-violents, épris de justice sociale. Tentation de dire que ce sont les autres qui sont les vrais responsables et d'oublier tout cela afin de mieux savourer mon propre petit bonheur. Je n'y arrive jamais complètement, la faute aux frères Karamazov : on est tous coupables et on est tous responsables de tous les autres, disait Mitia.


Je ne suis pas optimiste. Il y a un Jérémie en moi qui se lamente et désespère parce qu'il n'arrive pas à trouver de vraies raisons d'espérer, de croire qu'on changera.


Entendons-nous : rien ne m'est plus étranger que la mauvaise humeur et l'ennui. Je savoure tout, férocement. Tant de choses, tant de gens, me fascinent. La beauté est partout et me frappe de plein fouet à tout moment à détour de n'importe quoi. C'est pour ça que j'ai toujours l'air ailleurs et dans les nuages. En fait, je ne suis pas ailleurs, je suis ici, intensément, absorbée dans la contemplation d'une flaque d'eau (aïe – rester concentrée sur la route quand je conduis!) émerveillée par la couleur de la peu de mon enfant, la beauté d'une ombre sur le mur que je croyais moche, fascinée par un livre, un artiste…


Ce monde est un paradis, je l'aime ardemment, fébrilement. Je sais ce qu'est la joie, je l'éprouve intensément à toute heure du jour, partout, en toute circonstance. Je la savoure d'autant plus que je sais que si je peux connaître cette joie, c'est que j'ai la chance que mon univers ne se soit pas encore écroulé.


Ce monde est un paradis et un enfer. Mais si on ferme les yeux sur l'enfer, il gagne du terrain.


L'optimisme, pour moi, est tout sauf une disposition acquise, mais je lutte pour développer cette vertu nécessaire. C'est l'espoir que je veux transmettre à mes enfants, pas le désespoir. Un optimisme engagé qui ne se nourrirait pas d'illusions ou d'oublis.


Dur , dur.


Heureusement qu'il y a des Anita qui servent la cause des enfants oubliés, des Cloudy qui se démènent pour améliorer le sort de certaines familles, des Femme libre qui deviennent parent d'accueil et d'adoption, des Pierre qui nous recentrent à tout coup sur l'essentiel, des Juliette tellement pleines de force et de courage,


La finale de ce billet vient de m'être dictée par les évènements du jour. Il y a moins d'une heure, en entrant, j'ai appris, en écoutant mes messages sur le répondeur, que je dois rappeler le département des ultra sons pour un rendez vous. Je viens de passer une mammographie il 10 jours. Trop tard pour les rappeler ce soir, je devrai attendre demain. J'ai des crampes dans l'estomac, le souffle court, les jambes coupées. L'optimisme, pour moi, ce soir, c'est de trouver le courage de cacher la peur qui me tenaille et trouver la force de consoler ma pauvre F1 qui remonte en pleurant de sa chambre où elle vient e découvrir son hamster mort.


Je dois donner la tag à six autres personnes. Alors, s'ils en veulent, je la repasse à Juliette, à Solange, à Femme libre, à Pierre F., à S@hée, à Ce bref Réveil sur son blog Ataraxie.

vendredi 22 février 2008

Ces choses qui nous échappent


Lorsqu'F1 enfile sa troisième tenue de la matinée (sait-on jamais : le prince charmant pourrait se pointer à l'école justement aujourd'hui), que je lui demande ―pure formalité car je ne suis pas si naïve― si elle a rangée les deux autres et qu'elle me répond « oui » avec quelque chose de louche dans le regard, je sais que je dois aller vérifier dans sa chambre. Et lorsque je ne trouve pas deux pantalons et les deux t-shirts taponnés sur le sol, au milieu de la chambre, là je me dis que quelque chose m'échappe. Et effet : quelques heures plus tard, je retrouve lesdits vêtements, portés tout au plus 3 à 4 minutes, dans le panier à linge.


Lorsqu'F2, entendant dire que Mère-grand doit passer au garage aujourd'hui, manifeste si inopinément son désir d'y aller elle aussi et que, débordante d'un soudain enthousiasme, elle se met à sauter partout dans la cuisine en hurlant : « J'veux y alllllllllleeeerrr! J'veux y alllllllleeeer! », l'Encrier et moi nous nous dévisageons en haussant les épaules, dépassés. Nous devrions deviner que quelque chose nous échappe. En effet : sitôt arrivée chez Hyundai, F2 (3 ans), se met à chercher les vêtements et Mère-grand réalise qu'elle croyait aller à la boutique de vêtement pour ados.


Lorsque que j'entre dans la salle de bain, le matin, et que je constate chaque fois qu'F1 a utilisé 3 à 4 débarbouillettes pour faire sa toilette et que je sais pertinemment qu'elle en utilisera 2 ou 3 de plus en soirée, je me dis encore une fois que quelque chose m'échappe, mais je sais qu'il serait vain d'essayer de comprendre.


Et lorsque je tente de me remettre de toutes ces émotions et que je sors prendre un café pour constater qu'à côté des dix sortes de café équitable, on propose encore dix autres variétés de café pas équitable, là je renonce définitivement à tenter d'y comprendre quoique ce soit, j'admets avec sagesse qu'il y a en ce monde des choses qui dépassent le pouvoir de mon entendement et que la raison doit ici, modestement, reconnaître ses limites.


jeudi 20 décembre 2007

« Adeptes du compostage, je vous ai compris »

― dixit F1, qui a trouvé la solution à tous vos problèmes.


Parce que chacun sait que l’hiver, le composteur familial déborde bien avant que ne redémarre l’activité bactérienne et qu’on ne sait plus où gérer son stock de restes de table végétariens, et parce que chacun sait qu’à l’école, les restes de collations sont impunément jetés à la poubelle (de même que tout le papier utilisé, les immenses contenants de styromousse dans lesquels sont servis les repas du traiteur qu’il faut vraiment boycotter),


F1 vous propose sa toute nouvelle invention : le composteur d’appoint, portable, portatif.



Tadam !!!!








En quelques semaines à peine, j’ai trouvé là de quoi nourrir au printemps les 200 rosiers du jardin. Bien au chaud, les collations de vos chers écoliers s’y composteront bien, et rapidement.

Fini de se faire c… à retourner la pile à la fourche. En marchant, courant, sautant, en fouillant pour chercher ses affaires qu’il transportera en même temps dans ledit composteur qui pourra toujours faire office de sac d’école, votre enfant s’en chargera à votre place. J’ai percé quelques trous d’aération supplémentaires, question d’activer le processus de décomposition, et je me suis rendue compte que le composteur d’appoint-portable-portatif pouvait également assurer la sécurité de nos enfants en tenant les prédateurs sexuels à bonne distance. Au début de l’expérience, je me demandais si je n’assisterais pas à l'isolement progressif de F1. J’ai été surprise constater qu’elle n’a jamais été ostracisée par ses paires qui n’ont jamais une seule seconde semblé incommodés par le fumet de ferme qui collait aux baskets de ma fille dans tous ses déplacements. J’imagine que ce que nous découvrons là est bien connu de toute cette génération montante d’écologistes pragmatiques qui se livre massivement à des pratiques culturelles respectueuses de l’environnement naturel, mais pas forcément de l’environnement social.

Je vous laisse, je cours au bureau des brevets.

lundi 5 novembre 2007

L'Enfer, c'est les autres

(billet acrimonieux - soyez avertis)

Qu’est-ce qui peut une mener une douce et paisible mère de famille (charrions un peu) tout ce qu’il y a de plus conventionnelle, banlieusarde de surcroît, à se départir brusquement de sa stoïque réserve pour monter chaque matin aux barricades indignée, furieuse, écumante? L’inquisiteur-en-elle a été réveillé, elle se sent sur le point de faire une grosse montée de moraline.

La faute aux Voisins-d’en-face qui dès septembre et jusqu’à la fin d’avril utilisent leurs ?#%$/*()) démarreurs à distance, mettant les moteurs en marche 20 à 30 minutes avant d’entrer dans leurs véhicules pour partir enfin, tout inconscients qu’ils sont du danger qui les guette. Car dans sa cuisine, Paisible-mère-de-famille fourbit les armes. Avec quelle providentielle synchronicité le saint patron des artistes leur inspire-t-il chaque matin la salutaire décision de partir trois minutes avant que le drame n’éclate! Un événement sanglant est ainsi chaque fois évité de justesse.

Dès qu’ils ont été enceints d’un deuxième enfant, Voisins-d’en-face ont acheté un deuxième utilitaire sport. Normal : à plus de deux dans ces petits autocars, on commence à se sentir à l’étroit. Mais toute la beauté de la chose réside en ceci : Voisins-d'en-face ont cette chance que peu de banlieusards connaissent, celle de travailler tous deux à moins d’un kilomètre de la maison, d'habiter à deux minutes d'une piste de vélo qui passe devant leurs lieux de travail respectifs et à 3 minutes, en se traînant les pieds, d'un arrêt d'autobus fort achalandé. Chaque midi, le drame se rejoue : ils reviennent manger à la maison puis repartent au boulot, chacun à bord de son mastodonte. Il est bien évident qu'ils font ce qu’ils peuvent pour ne pas trop perturber les mœurs locales et s’efforcent de bien s’intégrer à la société du gaspillage.

Car résister au courant culturel dominant, tenter de faire mentir le postulat selon lequel un banlieusard doit polluer autant qu’il le peut, autant que Dieu lui en donne la force et que l’Univers, dans son infinie sagesse, le lui inspire, pourrait être perçu comme un inqualifiable manque de respect envers toute la gente banlieusarde, envers ses idéaux, ses pratiques culturelles, son patrimoine à protéger, sa différence à préserver, envers ses symboles identitaires (VUS, piscine, tondeuse à gazon).

Voisins-d’en-face, qui se croient peut-être encore simples fonctionnaires, ont élevé la pollution au rang de l'Art. Ici, l’empreinte écologique se fait Œuvre.

L'Inquisiteur salue en eux l'allégorie vivante du principe d’inertie, mais se demande parfois s'il n’a pas tout faux lorsqu'il se les représente si conservateurs. Il semble que de nos jours, cette résistance dont ils témoignent si résolument à l’égard d’une vague velléité collective de commencer à faire quelque chose pour diminuer nos émissions de GES a peut être, au fond, quelque chose de délibérment subversif. Je mets donc cela sur ma petite liste de choses à méditer la prochaine fois que je sentirai la moraline me monter à la tête.

Le pire, c’est qu’on ne peut même pas les haïr : Voisins-d’en-face sont VRAIMENT gentils. Je suis certaine qu'ils n'oseraient jamais se servir de la blogosphère pour médire de leurs voisins d'en face.

Leur cas n’est pas isolé. On se l’est déjà dit, c’est de pratiques culturelles dont on parle.

L’Écrivain, qui sort chaque matin pour fumer sa cigarette à filtre bio (pas des blagues – sont fous ces fumeurs), m’assure que chez Deuxième-voisine-de-droite, l’auto (elle n’en a qu’une seule, c’est encore ça) roule à bas régime encore plus longtemps que chez les Voisins-d’en-face.

En été, ça ne va guère mieux à Banlieueland. Si le regard se porte vers la maison à droite de celle des Voisins-d’en-face. En homme à la retraite qui ne veut pas qu’on l’accuse d’être inactif, Monsieur Net s’affaire une fois par semaine à laver sa maison au boyau d’arrosage. Le reste du temps, il lave son entrée d’auto à l’eau potable, deux à trois fois par jour s'il le faut, entendez : s’il a plu durant la journée. Car la pluie, c’est bien connu, ça salit; comme les pissenlit d'ailleurs, qu'on peut nettoyer à grands jets d'herbicide.

Paisible-mère-de-famille et Fumeur-biodégradable tentent tant bien que mal de préserver la sérénité des diners et des petits-déjeuners en famille en évitant de regarder à travers l’immense fenêtre de la cuisine. Ou alors, de le faire avec le détachement d’un œil anthropologue ou sociologue.

Dur, dur! Ça trépigne et ça fulmine, l’Inquisiteur est prompt à s’enflammer même s’il aurait fort à faire en entreprenant son propre examen de conscience. Avec sa maison unifamiliale, son automobile (dont on tente vraiment de minimiser l’usage, mais tout de même) et sa piscine hors-terre, Paisible-mère-de-famille a un impact écologique pas mal plus élevé que la moyenne des habitants de cette planète. Et c’est sans parler de ses 180 rosiers anciens qui, même si on limite drastiquement les arrosages, bénéficient 4 ou 5 fois par année de la tournée générale du patron (ou de la patronne).

Vaine montée de moraline qui ne sert à rien, ne mène nulle part.

Il faudra bien qu’un jour, quelqu’un ait le courage politique de mettre en vigueur le principe du « pollueur payeur », afin que Paisible-mère-de-famille et ses voisins soient obligés de développer la vertu de l’ « auto »-discipline.