que son hamster n'ait plus qu'un oeil. Il l'aime encore autant qu'avant ;-)
mercredi 10 septembre 2008
vendredi 22 août 2008
Le goût de la disséquer
F2, faisant parler la pouliche Gommette : « On s'en va à l'école! »
Moi, faisant parler Marie-Saucisse : « À l'école??? Pourquoi ??? »
Gommette : « On va apprendre toutes sortes de choses! »
Marie-Saucisse : «Comme quoi? »
Gommette : « Ce qu'il y a dans le cerveau des chats! »
mardi 12 août 2008
Des avantages d'une existence plus brouillonne
Quand je lis ça, je me dis que, franchement, la désorganisation a du bon! J'ai beau gonfler les chiffres, lorsque j'examine pas propre routine, cela donne : 3 à 4 minutes pour la douche, 1 minute tout au plus pour la coiffure (je laisse sécher en gonflant avec les doigts tout en faisant autre chose, je n'ai donc, à la fin, qu'à peigner et donner, certains jours, 2 ou 3 pshhh de gel en aérosol), 20 à 30 secondes pour la crème de jour, 30 secondes pour le fond de teint, 20 secondes pour le mascara, 20 secondes pour le fard à joues, 10 secondes pour un pshhh de parfum, 15 secondes pour l' antisudorifique, 2 minutes pour le brossage de dents, qui n'est même pas présent dans la description détaillée des trois routines, pas plus que le parfum et l'antisudorifique d'ailleurs. Mon score : 9 minutes sans me presser! (les jours de grandes sorties, on peut ajouter 30 secondes pour le rouge à lèvres)
C'est vrai que je ne suis pas une adepte du poupounage extrême. Et je savoure la chance que j'ai : chaque matin, je dispose de 35 à 65 minutes de temps libre pour faire des choses tellement plus palpitantes dans une vie qui passe si vite. Je prends le premier exemple qui me passe par la tête : ce matin, si j'avais passé 65 minutes à me dessiner au crayon un contour des lèvres que personne n'aurait remarqué parce que personne ne remarque jamais ça, à me dessiner les sourcils au crayon, à appliquer l'une par dessus l'autre quatre crèmes toutes plus inutiles les unes que les autres, ben je n'aurais jamais su qu'aujourd'hui, Jade, Croc et Rivière des Nords, les trois amies imaginaires d'F2, avaient « gravi une montagne escarpée pour aller faire un pique-nique au sommet », et qu'une mouffette avait « fait pipi sur elles »; je n'aurais pas appris non plus l'existence des feux de nuages et des feux d'arc-en-ciel, bien différents des feux d'artifice m'assure F2 qui a eu la chance d'en admirer chez Rivière des Nords.
dimanche 10 août 2008
La rentrée, première partie
Même enfant, j'ai toujours aimé la rentrée. Parce que pour les élèves comme pour les profs, le jour du nouvel an, le grand jour du renouveau qui permet au monde de renaître et de recommencer à neuf, ce jour -là advient fin août ou début septembre, c'est selon. La véritable année, pour nous, c'est l'année scolaire. L'autre, celle qui commence le premier janvier, n'est qu'une année officielle qu'on retrouve dans les calendriers et les agendas de la foule étrangère qui ne travaille, n'aime, n'espère ni ne sue à l'école, sans plus.
Les semaines qui précèdent le grand jour sont pleines d'une belle fébrilité. Les enfants ont hâte d'aller magasiner pour acheter vêtements et fournitures scolaires. Je mesure le fossé qui sépare les générations en prenant le pouls de l'intérêt immodéré de ma fille pour les fringues qui contraste fort avec la tempérance exemplaire dont elle sait faire montre lorsqu'elle envisage l'achat des cahiers (sauf s'ils sont à l'effigie d'Hanna Montana ou des Jonas Brothers), stylos, trousses à crayons. À son âge, je me foutais presque des vêtements qu'on m'achetait pour la circonstance. Mais quel émoi s'emparait de la fétichiste que j'étais déjà lorsqu'il me fallait acheter un stylo ou que mes parents m'en offraient un des leurs (que j'ai aimé ce Parker 51 qui avait appartenu à mon père), qu'il me fallait choisir de beaux cahiers neufs, quadrillés de préférence, deux (et non pas vingt) crayons à papier, un (et non pas sept) classeurs à anneaux, une (et non pas quatre) gommes à effacer. En ces temps antiques et mémorables, la papeterie Clairefontaine était difficile à trouver au pays, mais mon libraire de père avait accepté d'en tenir un peu en stock pour nous faire plaisir à mes sœurs et à moi. Et puis, il y avait le cartable neuf qu'on portait en bandoulière ou sur le dos, bien plus beaux mais moins ergonomique que les actuels sacs à dos en nylon, les livres neufs qui sentaient bon, la nouvelle salle de classe, le nouveau maître ou la maîtresse, le nouveau pupitre (à côté de qui serai-je assise cette année), l'enthousiasme nouveau.
C'était une autre époque, je vous le concède, mais l'excitation est toujours au rendez-vous, aussi bien pour F1 que pour moi. Nous sommes allées acheter baskets, sac (Hanna Montana) et vêtements (Hanna Montana et Jonas Brothers) mais il nous faut attendre de savoir quelle école elle fréquentera avant d'aller chercher les livres et les effets scolaires. J'ai tout de même commandé et reçu cette trousse à crayons en cuir noir. Une trousse comme il y en avait à l'époque, une trousse durera des années et qui préservera la mine des crayons de couleurs en empêchant qu'ils ne s'entrechoquent continuellement. Elle est plus belle que sur les photos, et la finition est impeccable. Après y avoir bien réfléchi, je crois que je ne la lui offrirai pas pour la rentrée : à l'école, elle risque trop de se la faire voler. La trousse restera donc cachée jusqu'à Noël et elle servira à entreposer les crayons à la maison. C'est un beau cadeau, je me ferai plaisir en l'offrant et je crois qu'il sera apprécié.
De mon côté, je suis en train de produire un plan pour un cours que je donne pour la première fois. J'ai demandé une charge de cours réduite de moitié, je ne devrais avoir que deux groupes. Seulement, il se pourrait qu'à la dernière minute on m'oblige, pour des raisons qui relèvent de la convention collective, à prendre une tâche pleine. Si c'est le cas, je passerai mon tour, je ne veux plus de tâche pleine, je l'ai dit et je m'y tiendrai. Je veux prendre le temps de voir grandir mes enfants, et puis j'ai d'autres projets que j'aimerais mener à terme. N'empêche, en construisant ce cours, la frénésie de la rentrée s'empare de moi. Et puis j'enseignerai dans un campus situé à quatre ou cinq minutes de chez moi, c'est formidable. La fétichiste en moi envie Hortensia qui vient de s'offrir un beau bureau et un fauteuil de travail confortable. Mais je me raisonne en me disant qu'un bureau ne sert à rien d'autre qu'à remiser ma paperasse et que, désorganisation oblige, je travaillerais toujours, de toutes façons, et même avec le plus beau bureau et le plus confortable des fauteuils, sur le plancher du salon, de ma chambre ou, au mieux, à plat ventre sur mon lit.
mardi 15 juillet 2008
« Merci » ou « De la persévérance » ou « Sortir du placard et respirer au gand jour »
On n'a pas peur de faire du jogging au vu et su de tous et chacun même si on ne fracasse pas de records, même si on n'est pas coureur professionnel, même si on est simple débutant qui chausse ses souliers de course pour la première fois. Et pour peu qu'on persévère dans cette pratique, on nous accordera volontiers le titre de sportif. Parce qu'on conviendra facilement que c'est la pratique du sport et la passion pour le sport qui fait le vrai sportif, et je trouve qu'on a bien raison de concevoir les choses de cette façon.
Pour ce qui est de la pratique d'une activité artistique, c'est autre chose. Si bien que trop souvent, celui qui aime peindre, dessiner, écrire, composer restera toujours mortifié à l'idée de livrer au regard des autres des choses « qui, de toute évidence, ne sont pas à la hauteur », et ça lui prendra souvent une bonne dose de détermination pour ne pas reculer, pour persévérer au grand jour dans la pratique de ce qu'il fait, parce que dans ce domaine, on admettra rarement que la passion et la pratique fassent d'un individu un artiste comme cela pourrait en faire un sportif.
J'ai toujours été étonnée de constater l'âpreté et le dédain avec lesquels certains artistes professionnels défendent ce qui apparaît comme un titre réservé à quelques élus et que de ridicules usurpateurs s'arrogeraient en leur faisant toujours un tort considérable. Il est un calligraphe réputé qui ne cesse de tenir ce genre de discours. La hauteur et le mépris avec lesquels il traite tous les scribouilleurs qui n'ont pas trente ans de pratique et quinze ans de formation dans les grandes écoles virent à l'acharnement. Dans la même veine, on pouvait lire, l'an passé, dans une revue sur l'aquarelle, les propos méprisants du président d'une association pour la promotion de l'aquarelle (sic!) se lamenter haut et fort du tort que causaient aux vrais artistes la déplorable démocratisation du médium et l'émergence de ces légions de peintres du dimanche qui jettent le discrédit sur ce bel art. On se gausse de « celui qui croit tout savoir alors qu'il n'a rien appris », de sa naïveté, de ses ridicules prétentions.
Peintre, sculpteur, calligraphe, il semble que cela soit des appellation réservées aux artistes avant d'être des activités auxquelles chacun peut s'adonner. Que les bonnes gens s'amusent à rimailler, à peindre, à faire du théâtre d'été, soit! Mais de grâce, qu'ils le fassent en cachette, à l'abri des regards, dans leurs salons ou leurs greniers, et surtout qu'ils n'en parlent pas puis que cela ne mérite ni un regard, ni une oreille attentive. Passe-temps, divertissement, désennuiment, hygiène de vie à la rigueur.
D'un côté, l'Art qui se décline toujours avec un grand A et qui s'accroche à sa majuscule, de l'autre, l'hygiène, le divertissement. Si l'école ne considère les cours de musique, de théâtre et d'arts plastiques que comme des cours bouche-trous qui servent tout juste à remplir les plages horaires vides et à permettre à l'élève de se reposer un peu la tête entre deux cours « sérieux », ce n'est que la manifestation de cette idée selon laquelle ces pratiques ne sont pour nous que d'hygiéniques passe-temps.
(Juliette, je t'envie, tu n'as pas à te cacher et à surmonter le rouge qui te monte au visage lorsque tu enfiles tes souliers de courses. Et comme tu es plutôt sympathique, des fois je laisserais là mes ces plumes et pinceaux que j'ai l'outrecuidance ou peut-être le ridicule de posséder et j'irais faire quelques kilomètres avec toi ;-)
***
« Alors, Léger-Léger, on me dit que vous taquinez la muse à temps perdu? » disait à peu près en ces termes(1) je ne sais plus quel ministre ou haut diplomate à Saint-John Perse.On imagine aisément le ton narquois, le sourire en coin – l'amusement.
***
(Moi à moi-même :) ―« T'as pas honte de mettre de telles choses en lignes, c'est ridicule, pathétique! »
(moi-même à Moi :) ― « J'ai fait ce que j'aime faire et je l'ai fait du mieux que je le pouvais alors ; je ne me mesure à personne. »
(Moi à moi-même) ― « Tout de même! Du devrais effacer ça et ça et ça du blog, au moins! »
(moi-même à Moi) ― « Comme Femme libre assaillie par le doute, je persévère! Je continue ce satané cours de yoga à mettre en ligne ce que je fais et je n'écouterai pas la voix de monsieur M. les discours fascistes, les chiens de gardes qui font mine d'être subversifs et qui protègent des titres. »
***
Hier, Moi parlait vraiment très fort, et j'avais du mal à lui tenir tête.
Mais lorsque cela se produit et que je lis les commentaires que vous me laissez en passant, cela m'aide à persévérer et à ne pas me déclarer vaincue par ces scrupules qui m'assaillent périodiquement. Il y a des gens pour regarder ce que j'ai envie de faire et de donner à voir, je respire au grand jour. Pas besoin d'un vaste public, simplement de sortir du placard. C'est génial.
Cela m'aide à retourner à mes petites affaires. À faire mes petites affaires.
Et puis, je pense aux Grecs (c'est mon côté pompeux, on ne se refait pas) pour lesquels ces disciplines que nous qualifions d'artistiques n'étaient pas des chasses-gardées de grands génies ou de corporations mais essentiellement une poïesis, un « faire », une praxis, une activité de transformation. Je n'ai ni la prétention de faire de l'Art, ni celle de créer (ce serait bien naïf), mais je peins comme je le veux et je refuse de céder à la tentation de m'en cacher, je revendique le droit de le faire au grand jour et de me dire calligraphe ou peintre comme d'autres se disent sportifs, sans prétentions mais sans avoir à me justifier non plus. Ma passion et ma pratique sont à mes yeux des justifications suffisantes.
Discours naïf et prétentieux? J'assume.

PS. Comment ne pas admirer Solange qui réalise chaque fois un beau doublé en ayant le front de nous offrir ses pastels et ses poèmes! Faut le faire!
PPS. Le libellé de ce billet? Perversions innommables, pardi! ;-)
- Trop paresseuse pour retrouver la citation exacte, je la redonne à peu près.
Ajouts du lendemain matin.
Hier, j'étais assez contente de ce billet, mais ce matin, je me demande s'il est et sera bien interprété. L'Encrier, qui me connaît, c'est bien amusé à le lire et a beaucoup ri, mais les gens semblent inquiets et cherchent à me rassurer dans les commentaires...
Je ne pars en guerre contre personne, je remets en question une attitude qui me semble dommageable et je combats des démons intérieurs. Je le fais en m'amusant, ce billet, je l'ai écrit en riant. Que cela soit clair : je ne joue pas au grand artiste incompris, je ne suis pas en mal de reconnaissance et je ne réagis pas émotivement à quelque chose qu'on viendrait de me dire. Et mes propos ne visent personne en particulier non plus (si, tout de même, j'ai cité deux personnages ;-) Je me questionne sur notre rapport à l'art, un rapport de sacralisation que je remets en question en interrogeant les motivations et les effets de cette sacralisation.
Ceci dit, je ne méprise pas ni ne tienne pour rien l'investissement considérable d'artistes qui se donnent à fond à une formation rigoureuse! Je n'ai pas l'intention de devenir le nouveau monsieur Jourdain et je ne pense pas qu'en art, tout se vaut. Je conçois très bien que le parallèle que j'ai fait en début de billet entre la pratique du sport et l'activité artistique soit discutable. Il relève en partie de la rhétorique. Il est heureux que le travail des meilleurs soit pleinement reconnu et je ne serai pas de ceux qui refusent de dire qu'en ce domaine, tout n'est que pure appréciation subjective. Mais la reconnaissance des meilleurs ne doit pas devenir terrorisme ou censure. Et je me demande si parfois, il n'y a pas un peu de cela.
Just my two cents ;-)
vendredi 30 mai 2008
Chez nous, ça ne dégouline plus
Je ne sais pas ce que vous avez eu chez vous comme invention linguistique ingénieuse, mais ici, F1 avait inventé l'"esplace", une sorte d'hybride d'espace et de place. L'esplace (comme dans "Fais moi de l'esplace"), c'est tellement plus spacieux!
C'est sans compter, bien sûr, l'inénarrable "coche-tête" (scotch tape version F1 à 4 ans) le porc-coïn (pop corn) et les porcs-sécondes (pop-cycles selon F2).
J'adore et j'adopte! :-D
vendredi 16 mai 2008
La fin justifie les moyens
F2 : -- Quand je serai une maman, est-ce que je pourrai avoir des enfants ?
La bonne mère opportuniste et pragmatique se garde bien de relever le pléonasme :
-- Si tu bois ton lait, certainement !
mercredi 14 mai 2008
Le kitsch appliqué à l'art des jardins (et à l'aquarelle aussi)
Femme libre me demandait il y a quelques temps si je peignais les roses. J’avoue qu’à part quelques essais très stylisés, je n’avais pas vraiment essayé. Étrange peut-être, puisque mon jardin en est plein et que les roses anciennes ont longtemps été pour moi une véritable obsession. Mais si photogéniques qu’elles puissent être, je les trouve moins intéressantes en peinture.
Il me fallait tout de même m’y mettre, parce que si je veux un jour faire de la papeterie de réception et donc de mariage, il me faudra sûrement faire appel à ce genre de motif pour orner des calligraphies trop austères pour la circonstance. Je me suis donc essayée à peindre les roses, non pas ces belles roses simples gracieuses et émouvantes qui parent si bien les rosiers botaniques, mais les grosses fleurs turbinées qui parent les bouquets de mariées.
La rose de mariée, ou rose de fleuriste (encore appelée hybride de thé) est la rose kitsch par excellence (1). Et si elle peut encore trouver sa place dans un bouquet ou un pot de fleurs, au jardin, elle devient un incontournable classique pour tous les amateurs de kitsch. Car le kitsch a désormais des adeptes, il a même sa papesse qui lutte pour la reconnaissance et la préservation du patrimoine kitsch de Montréal. Propriétaire d’un bungalow en banlieue (même si ce n’est pas celle de Montréal) je m’inscris donc de ce fait, un peu malgré moi, dans cette grande tradition qui a également marqué l’art des jardins.
Mon voisin a des flamands roses et un canard de plastique sur sa pelouse avant. À chaque printemps, je m’attends à le voir installer sur son parterre un sympathique nain de jardin ou un petit nègre à lanterne. Mais mon voisin est un homme d’habitude qui n’aime pas les remises en question ; il se contente donc de ressortir inlassablement, année après année, ses flamands roses et son canard. Je respecte ça en m’efforçant, de mon côté, d’intégrer le kitsch à ma déco de jardin.
Pour ce faire, j’ai choisi les roses, des fleurs qui ont su faire leurs preuves en matière de kitsch. Mais je m’assume mal : céder sans réserve au kitsch impliquerait trop de choses auxquelles je ne saurais me résoudre, comme de planter des floribundas et des hybrides de thé au jardin. La place me manque, l’envie aussi.
Des années d’expérience dans la culture de cette plante m’ont permis d’établir avec précision une échelle appréciative des différents types de rosiers que je soumets au lecteur désireux de créer un jardin kitsch. Les rosiers seront présentés selon l'intérêt qu'ils présentent, en ordre décroissant.
1.
1. Les hybrides de thé et les floribundas, également appelés « roses de fleuriste », ainsi que tous les rosiers Meilland, à quelques rares exceptions près. La néophyte que je suis ne s’est pas encore aventurée dans ces hautes sphères de la kitschitude. Le lecteur notera que les roses bicolores, mauves ou rouge pompier sont les plus prisées dans le jardin kitsch, mais que la rose bleue, qui remporterait certes la palme du kitsch-plus-ultra en déclassant du coup toutes ses rivales, n’existe pas encore. Ce n’est pour l’instant qu’une légende urbaine bien entretenue par l’industrie de l’hybride de thé. Les roses bleues qu’on essaiera de vendre au rosiériste débutant sont en fait des roses teintes (en bouquet) ou des roses d’un rose mauve (pour les rosiers à planter).
2. 2. Les rosiers anglais. J’en ai déjà eu beaucoup mais je les ai presque tous arrachés et donnés lors de l’une de ces crises périodiques durant lesquelles ma foi dans l’intérêt du jardin kitsch vacille.
3. 3. Les hybrides de rugosa, appelés à tort « rosiers rustiques » ― tous les rosiers qui sont adaptés au climat du jardin où ils sont plantés peuvent être dit « rustiques », la rusticité n’étant pas une variété ou une famille de rosiers mais une notion relative à l’adaptation au climat. Je n’ai qu’un hybride de rugosa (Agnes), mais je l’aime beaucoup ;
4. 4. Toutes les catégories de roses anciennes.
5. 5. Les hybrides de musc et autres rosiers qui en dérivent comme les créations de Lens, par exemple. J’avoue que si je disposais encore d’un peu d’espace pour planter quoique ce soit, j’en planterais beaucoup. Mais ils n’ont guère leur place dans le jardin kitsch. Pour preuve : l’étonnement du visiteur qui vous demandera ce que sont des petites fleurs simples ou semi-doubles qui parent si joliment un buisson plein d’épines et qui s’indignera de vous entendre dire qu’il s’agit de roses puisque, de toute évidence, ce ne sont pas là de « vraies » roses.
6. 6. Les rosiers botaniques, nec-plus-ultra du rosomane snobinard, mais que l’amateur de jardin kitsch qui préférera aux grands buissons à port souple les quelques baguettes raides des hybrides de thé. Avoir un graaaaand terrain, il me prendrait des envies de snobisme.
Il va sans dire qu’on voit rarement des mariées porter des bouquets taillés à même les rosiers botaniques. Le mariage est un des grands moments kitsch de la vie où on cède sans retenue et sans résistance à tout ce qui nous ferait honte à un autre moment. Il n’était guère utile, dans la perspective mercantile dont l’amateur de kitsch ne cherchera pas à se cacher (2) mais qu’il apprendra à considérer comme une valeur patrimoniale sûre, de me mettre à peindre des roses simples ou semi-double. Il fallait faire dans le très double, le pompeux, le pompier. Voici donc les quelques essais réalisés dernièrement.
Mon premier essai a de quoi intéresser les vrais mordus du kitsch. Comme je ne suis pas encore de ceux- là et que même si je ne veux présumer de rien, il y a bien des chances que vous n’en soyez pas non plus, appelons-ça un horrifique cauchemar. Âmes sensibles, s'abstenir !
Esssai 1:
Avant d’entreprendre les essais n.2, et 3 je me suis juré de ne pas récidiver en peignant d'autres aquarelles de fleurs agressives/agressantes, ce qui m’a amené à pêcher par excès contraire. L’essai n.2 s'est avéré être un pénible mélange d'aquarelle et de guimauve que je n'ai pas cru bon de devoir terminer. L'essai 3 si désespérément sage et convenu que je me suis ennuyée ferme à le peindre, tant que je n’ai pas jugé bon de le terminer non plus.
Essai 2:
L’essai n.4 me satisfait enfin. Je crois que c’est ce que j’ai fait de mieux. Mais c’est peut-être un peu austère pour agrémenter des calligraphies de mariage.
Essai 4 ;
Les essais 5-6-7, réalisés hier soir, sont plus réussis dans le genre mi-kitsch. Juste assez pour un mariage fleur-bleue : kitsch, mais avec retenue, et sans offenser le bon goût.
C'est quand même presque plus que mon côté fifille n'en peut supporter. L'Encrier m'a conseillé de peindre une tête de mort juste à côté des roses pour en neutraliser l'arrière-goût de nunucherie. J'y songe, j'y songe ;-)
Ou alors, peut-être, revenir à l'élégance toute simple des tulipes?
Notes :
(1) Le lecteur aura compris qu'il ne faut pas prendre au sérieux les insultes que je profère à l'endroit de ses rosiers préférés.
(2) Le lecteur aura compris que j'exagère et que j'ai beau être avide de gloire, de célébrité et être en mal de succès commercial, je ne peinds pas ce que je n'ai pas envie de peindre.
vendredi 22 février 2008
Ces choses qui nous échappent
Lorsqu'F1 enfile sa troisième tenue de la matinée (sait-on jamais : le prince charmant pourrait se pointer à l'école justement aujourd'hui), que je lui demande ―pure formalité car je ne suis pas si naïve― si elle a rangée les deux autres et qu'elle me répond « oui » avec quelque chose de louche dans le regard, je sais que je dois aller vérifier dans sa chambre. Et lorsque je ne trouve pas deux pantalons et les deux t-shirts taponnés sur le sol, au milieu de la chambre, là je me dis que quelque chose m'échappe. Et effet : quelques heures plus tard, je retrouve lesdits vêtements, portés tout au plus 3 à 4 minutes, dans le panier à linge.
Lorsqu'F2, entendant dire que Mère-grand doit passer au garage aujourd'hui, manifeste si inopinément son désir d'y aller elle aussi et que, débordante d'un soudain enthousiasme, elle se met à sauter partout dans la cuisine en hurlant : « J'veux y alllllllllleeeerrr! J'veux y alllllllleeeer! », l'Encrier et moi nous nous dévisageons en haussant les épaules, dépassés. Nous devrions deviner que quelque chose nous échappe. En effet : sitôt arrivée chez Hyundai, F2 (3 ans), se met à chercher les vêtements et Mère-grand réalise qu'elle croyait aller à la boutique de vêtement pour ados.
Lorsque que j'entre dans la salle de bain, le matin, et que je constate chaque fois qu'F1 a utilisé 3 à 4 débarbouillettes pour faire sa toilette et que je sais pertinemment qu'elle en utilisera 2 ou 3 de plus en soirée, je me dis encore une fois que quelque chose m'échappe, mais je sais qu'il serait vain d'essayer de comprendre.
Et lorsque je tente de me remettre de toutes ces émotions et que je sors prendre un café pour constater qu'à côté des dix sortes de café équitable, on propose encore dix autres variétés de café pas équitable, là je renonce définitivement à tenter d'y comprendre quoique ce soit, j'admets avec sagesse qu'il y a en ce monde des choses qui dépassent le pouvoir de mon entendement et que la raison doit ici, modestement, reconnaître ses limites.
jeudi 14 février 2008
Graine de philosophe, va!
"... maintenant seulement la montagne de l'avenir humain va enfanter. Dieu est mort : maintenant nous voulons – que vive le Surhomme!" ― Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
F2 saute à cloche-pied dans la cuisine, débordante de vitalité et de bonne humeur. Comme à son habitude, elle s'extasie tout haut des innombrables et merveilleuses connaissances acquises aujourd'hui, fière d'être aussi savante, heureuse, surtout, de découvrir le monde et la vie.
Rayonnante et tout à son bonheur, elle proclame à haute voix la bonne nouvelle du jour :
―Un jour, on sera TOUSSSS morts! Comme… heu…
…
heu, qui est mort encore ??? …
(brève pause - ça cogite fort dans cette petite tête à se demander qui, depuis que le monde est monde, a bien pu mourir ; et puis elle me sort : )
Ah oui : Dieu!
….
Maman! C'est qui encore, Dieu???
jeudi 31 janvier 2008
Hamtaro Story - Part 2
(pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas le début de l'histoire, voici le préambule à cette triste affaire et le premier chapitre de l'histoire)
Un drame, hier : un des bébés est mort hier, coïncé entre la roue d'exercice et le barreau de la cage. F1 a fait la macabre découverte à l'heure du lunch. La pauvre en a été assez boulversée. Oserai-je vous dire que j'ai pensé : "Yesss! un de moins!" (meu non, je ne suis pas si méchante)
Le 16 février, Exit la marmaille sauf un qu'on gardera pour F2. Je manque de mots pour vous dire à quel point j'ai hâte. Parce que s'il y a encore une semaine, je m'extasiais encore devant tous ces mignons poupons, laissez-moi vous dire que nos monstres ont consiérablement grossi en une semaine! 7 (aujourdhui 6 - héhé!) pisseurs/déféqueurs dans une même cage, ça donne une odeur épouvantable en moins de 24 heures. Et pour nettoyer tout ça, il faut les sortir un par un. Qui fait ce boulot, d'après vous?
Quand je pense que j'ai encore deux semaines à vivre ça... ça donne envie d'inaugurer un nouveau libellé "Journal de survie d'une Madame Pipi".
mercredi 30 janvier 2008
LOST 4
Vous n'allez pas rater ça, hein?
Qui est dans le cercueil? Allez, vos impressions.
Je dis : Sawyer!
samedi 12 janvier 2008
J’ai rêvé que j’enterrais Jésus!
J'étais avec des enfants dans un caveau taillé dans le roc. Là un gros cercueil de pierre. Le corps y est déposé et on referme une grosse dalle de pierre par-dessus.
Pas un rêve triste, etc. Je suis émotionnellement neutre face à ce corps, ça n'a rien d'un rêve triste. Les enfants s'amusent à ouvrir le recueil un certain nombre de fois, c'est-à-dire à pousser un peu la dalle de pierre, question de voir les pieds du morts. Et puis ils ressortent pour aller jouer au plein soleil. J'en suis soulagée parce que je me dis qu'à ouvrir et fermer le cercueil tant de fois, les bactéries entreront, que cela activera la décomposition et que tout se mettra à puer. Les enfants n'aimeront pas cela, c'est sûr.
Morale de l'histoire ? Il y en a aucune. Tout cela n'est que la reprise onirique d'une conversion avec le Grand blond, hier en fin de soirée, dans laquelle je me disais que si Dieu existait, il faudrait se débarrasser de cet être qui permet la souffrance des innocents (j'avais utilisé l'exemple des enfants). Mon commentaire a été rédigé à un moment où j'étais émotionnellement perturbée : désaccord qui a tourné à l'aigre avec Encrier. Mère-pas-cool refuse que sa fille de 11 ans parte tout un weekend au chalet d'une amie dont nous ne connaissons pas les parents (on n'a parlé à peine 10 minutes avec la mère l'autre jour), nouveaux arrivants dans la région…
Finalement, il y a peut-être une morale de l'histoire : n'entreprenez pas de discussion sur des sujets théologique tard en soirée, après dispute avec votre conjoint. J'espère que vous prendrez note.
vendredi 11 janvier 2008
Pénis salvateur!
Hier midi, à table :
Fille nº2 (3 ans à peine) : Pipi!
Fille nº1 (11 ans, indifférente) : …
F2 : Caca!
F1 : …
F2 : Pet!
F1 : …
F2 : Gaz, pénis!
F1 : Pfff… hihihi!
F2 (enthousiaste): Pénis, pénis!
F1 : Wouahaha!
F2 (extrêmement fière d'avoir le contrôle de la situation : elle agit et l'autre réagit!) : Pénis! Pénis! Pénis! Pénis! Pénis! Pénis!
F1 (qui prétend rire à cause du mot « gaz » prononcé pour la dernière fois il y a maintenant dix bonnes minutes, prenez le raccourci temporel) : Whouahahahahaha!
Etc. 5 à 10 minutes de temps. L'hilarité a gagné la Respectable Mère de famille. Puis :
F1 : Mââââââmannnn! Elle s'est essuyé les doigts sur mon chandail neuf du Garage!!!!!
F2 : Espèce de grosse nullarde, j'ai même pas fait exprès!!!
F1 : Maâââaââman!!!! Elle l'a fait exprèèèèès!!!
F2 : C'est mêêêêêême pas vrai!
Cris suraigus, échanges de bon mots (conasse, grosse nulle, etc.), griffures, etc. La mère implore le Ciel qui prend pitié d'elle et là, c'est l'Illumination :
Repectable Mère : F2, pourquoi ne pas faire rire ta sœur ?
F2 (qui hésite un seconde, puis redémarre) : Pénis!
F1 : Hihi!
F2 : Pénis! Pénis! Pénis! Pénis! Pénis! Pénis! Pénis!
F1 : Whouahahahahaha!
Etc.
Alléluia! La paix des anges redescend sur terre. Agréable repas au bout du compte.
samedi 5 janvier 2008
Hamtaro Story Part 1
En revenant d'une journée à l'extérieur, une des grandes énigmes familiale a enfin été résolue : nous connaissons désormais le sexe de notre Hamtaro , qui s'est finalement avérée être « une » Hamtaro. Enfin, une ex-Hamtaro rebaptisée (laïquement bien sûr) Pachemina. Seule F1 a vu les bébés, et guère plus qu'une seconde : en soulevant ex-Hamtaro, elle a vu « une petite montagne de bébés roses » que la maman cachait sous son ventre.
Bon, la cage a été lavée hier après-midi, ce qui veut dire qu'au moins, le timing est bon : on a quelques jours devant nous pour permettre aux bébés de prendre des forces avant d'avoir à les déranger. F1 a lu sur le Web qu'une portée de hamster, c'est 2 à 9 petits. J'ai dit à F1 qu'elle pourrait en garder un. Grisou a tenté un shotgun pour les deux suivants, mais F1 n'était pas d'accord et je n'avais pas la ofrce de supporter encore un autre conflit entre ces deux-là, alors je me suis lâchement rangée du côté de F1. J'espère qu'on n'aura pas à se casser la tête pour caser les autres. Comme la mère est jeune et qu'elle en est à sa première (et dernière, sauf intervention de l'Esprit-Saint) portée, je prie (eh oui!) pour qu'il y en ait le plus possible qui meurent de leur belle mort.
Si jamais l'un de vous veut en adopter un ― et pourquoi pas deux! ― je vous poste ça gratuitement ;)
dimanche 23 décembre 2007
Ça flirt dangereusement avec le scrapbooking
samedi 22 décembre 2007
Franchement!
Que la perception soit relative au point de vue de l’observateur, c’est une évidence.
Qu’elle porte la marque de la culture du sujet percevant, je le veux bien.
Qu’elle soit déterminée en profondeur par le langage, soit.
Mais qu’en passant à côté d’F2 en train de faire la moue devant sa quiche aux asperges, l’Encrier remarque sans ironie et le plus sérieusement du monde qu’elle « ressemble à Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou » et que devant ma face ahurie, il précise : « oui, tu sais, juste après l’opération, quand il fait semblant d’avoir été lobotomisé », ben là, laissez-moi être sceptique!
jeudi 20 décembre 2007
« Adeptes du compostage, je vous ai compris »
― dixit F1, qui a trouvé la solution à tous vos problèmes.
Parce que chacun sait que l’hiver, le composteur familial déborde bien avant que ne redémarre l’activité bactérienne et qu’on ne sait plus où gérer son stock de restes de table végétariens, et parce que chacun sait qu’à l’école, les restes de collations sont impunément jetés à la poubelle (de même que tout le papier utilisé, les immenses contenants de styromousse dans lesquels sont servis les repas du traiteur qu’il faut vraiment boycotter),
F1 vous propose sa toute nouvelle invention : le composteur d’appoint, portable, portatif.
Tadam !!!!
En quelques semaines à peine, j’ai trouvé là de quoi nourrir au printemps les 200 rosiers du jardin. Bien au chaud, les collations de vos chers écoliers s’y composteront bien, et rapidement.
Fini de se faire c… à retourner la pile à la fourche. En marchant, courant, sautant, en fouillant pour chercher ses affaires qu’il transportera en même temps dans ledit composteur qui pourra toujours faire office de sac d’école, votre enfant s’en chargera à votre place. J’ai percé quelques trous d’aération supplémentaires, question d’activer le processus de décomposition, et je me suis rendue compte que le composteur d’appoint-portable-portatif pouvait également assurer la sécurité de nos enfants en tenant les prédateurs sexuels à bonne distance. Au début de l’expérience, je me demandais si je n’assisterais pas à l'isolement progressif de F1. J’ai été surprise constater qu’elle n’a jamais été ostracisée par ses paires qui n’ont jamais une seule seconde semblé incommodés par le fumet de ferme qui collait aux baskets de ma fille dans tous ses déplacements. J’imagine que ce que nous découvrons là est bien connu de toute cette génération montante d’écologistes pragmatiques qui se livre massivement à des pratiques culturelles respectueuses de l’environnement naturel, mais pas forcément de l’environnement social.
Je vous laisse, je cours au bureau des brevets.
mercredi 19 décembre 2007
J’ai le goût des hommes plus vieux!
Je sais qu'à la lecture de ce titre, certains auront aujourd'hui une impression de déjà lu et j’avoue, je ne suis qu’une vile plagiaire qui reprend, avec quelques modifications mineures, le billet publié par Femme libre ce matin (ici). J'adapte, c'est tout. Merci, Femme libre, de me permettre de me libérer et de sortir enfin du placard en révélant publiquement que j’aime les vieux.
Quand votre conjoint a presque trois ans de moins que vous, vous lorgnez en direction des plus vieux :) Voici donc celui pour lequel je n’hésiterais pas une seconde à quitter conjoint, chat et enfants :
Ciaran Hinds qui incarne ici Carl, dans Munich (Spielberg).
Qui dit mieux ??
Vous dirais-je mesdames, qu'en plus on a la chance de le voir nu dans Munich???
Il a 54 ans, mais il en fait bien 65, ce que je trouve très sexy. J’adore tout de lui : ses yeux, sa voix, son accent, sa façon de bouger. Ses lèves un peu sévères, si différentes de celles que j’embrasse soir et matin (jamais contentes de ce qu’on a!)
(Attention, Femme libre, je vous ait à l'œil - ce n'est pas parce que je regarde ailleurs que vous pouvez en profiter!)
L’Encrier, ne m’en veut pas, je ne pouvais vivre plus longtemps dans le mensonge. Lui, ce n’est qu’un fantasme, toi je t’aime, et pas seulement pour ton corps.
SVP. Ce bref réveil, ne me dites pas que je suis matante. Le concept de matante et celui de ononcle ne sont pas du tout symétriques. Il y a d’ailleurs eu une discussion fort instructive là-dessus sur le blog de Chroniques blondes.
Une dernière photo ? ;)
Y'a rien comme un bon peplum pour chavirer une femme ;)
On verra bien si l'Encrier sort de sa réserve de lecteur silencieux ;)
samedi 10 novembre 2007
To Barbie or not to Barbie
Septembre 2001. Fille nº 1, qui veut jouer avec une cousine, réclame à cors et à cris sa première Barbie. Ses parents résistent un mois, le conflit éclate, puis de guerre lasses ils finissent par accepter lâchement (Fille nº 1 a toujours réclamer avec insistance) et se rassurent (se déculpabilisent) en se disant qu’il n’est pas toujours bon d’être trop intransigeant. De toutes façons, cette petite qui s’amuse tellement avec sa piste de course ne semble vraiment pas menacée par les stéréotypes véhiculés par ladite poupée.
Septembre 2002, Fille numéro un entre à la maternelle. En une semaine, elle en a appris de choses, la grande découverte étant qu’il existe des jouets de filles et des jouets de garçons, puis qu’il y a des couleurs de filles et des couleurs de garçons, des vêtements cool et des pas cool. Elle range donc la piste de cours qu’elle avait demandé au Père Noël un an auparavant, réclame des couleurs de filles et, une semaine à peine après la rentrée, exige « du linge cool ».
Septembre 2003, Fille nº 1 ne veut plus aller à l’école, mortifiée de devoir suivre son cours de morale dans une classe de douze d’élèves allant de la première (dont elle est la seule représentante) à la sixième année. Un jeune professeur leur demande d’écrire sur ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas sans jamais réaliser qu’il a une élève dans la classe qui ne sait pas encore lire ni écrire. C’en sera fini à jamais du cours de morale. On aura beau lui assurer que lorsqu’on en aura touché un petit mot au professeur, tout rentrera dans l’ordre, Fille nº 1 ne veut rien savoir de ce cours plate où elle doit se rendre seule alors que tous les autres enfants de sa classe suivent ce cours palpitant entre tous : le cours d’enseignement religieux. Nouveau compromis des parents, nouvelle lâcheté. Fille nº 1 s’en trouvera fort aise; durant les années qui suivront, elle se révèlera être une fille dévote, créationniste par-dessus le marché.
Le jour où nous l’avons entendu dire à sa petite sœur : « Tu sais, Nonie, Jésus, c’est le monsieur qui a inventé la planète terre et le monde entier », on a mesuré l’étendue des dégâts.
À ce moment là, nous sommes nous sincèrement repentis? Avons-nous décidé de tenir bon et de ne pas sacrifier à la paix du foyer l’éducation de Fille nº 2? Pas du tout.
Contrairement à Fille nº 1 qui s’était fait garder par sa grand-mère, Fille nº 2 est une enfant de la garderie. Elle a donc toujours su que le rose et le mauve était des couleurs de filles, a toujours réclamé du rose et du mauve pour tout (vêtements, jouets, chambre à coucher, et même pour la cuisine - ce a quoi ses parents, intraitables pour une fois, n’ont jamais consenti); elle a toujours su qu’une fille, ça a des enfants (même a 18 mois, une fille est une mère et réclame « mes enfaaaaants!!!! » si on a le toupet de partir en oubliant les poupées). Les garçons, c’est bien connu, jouent à des jeux de garçons (yark! Yarkie!!!), comme Spiderman ou le fusil.
Mère lâche et permissive se bidonne discrètement en épiant sa Fille nº 2 en train de s’occuper de ses enfants. Mine de rien, elle entretient le vice en se prêtant au jeu. Elle trouve Fille nº 2 tellement drôle avec ses manies de « fille » et de princesse, qu’elle lui achète des tas de robes à fanfreluches roses et mauves qu’elle trouve elle-même absolument horribles, juste pour se payer le bonheur de voir le regard émerveillé de Fille nº 2 (qui est vraiment très expressive). Elle s'entend l'appeler « ma princesse » plutôt que « mon être humain » et ne peut s’empêcher de céder au plaisir coupable de lui raconter des tas de bêtises.
― Pourquoi c’est encore la nuit?
― Parce que le soleil se couche.
Horreur, je n’aurais jamais dit une telle chose à Fille nº 1. Mais ça ne s’arrête pas là :
― Pourquoi il est fatigué?
― Parce qu’il a brillé tout la journée.
― Pourquoi?
― Pour toi, parce qu’il t’aime.
Et la mère lâche d’enchaîner aussitôt avec une histoire de princesses et de fées. Fille n. 2 s’endort, heureuse.
De temps en temps, on lui raconte l’histoire du Petit chaperon rouge qui mangea le loup, question d’en faire tout de même une femme forte.
Voilà.
Morale de l’histoire? Il n’y en a pas. Je n’ai aucune conclusion à tirer de tout ça. Parfois, j’ai peur d’avoir renoncé à tous mes principes pour avoir la paix. Je me dis que je devrais m’en faire, mais je n’arrive pas à m’en faire vraiment. Il ne faudrait surtout pas voir là une sorte d’optimisme, de confiance… c’est simplement de l’inconscience, un trait de caractère que je partage avec mon conjoint.
Aurait-il fallu tenir bon, refuser la Barbie, les fanfreluches et l’enseignement religieux? Je n’en ai vraiment aucune idée, et je ne le saurai jamais. Côté éducation, jee crois qu'on est souvent condamnés à improviser. Si les enfants tournent bien, on ne saura pas si cela a quelque chose à voir avec les décisions qu’on aura prises (ou les compromis qu’on aura fait, pour ne pas appeler ça des démissions). S’ils tournent mal, on ne saura pas si on en aura été la cause.
L’important, c’est qu’ils tournent bien, que ce soit grâce à nous ou pas.
Depuis un an, je me rends compte que Fille nº 1, qui n'a pas toujours été un enfant facile, change beaucoup, qu’elle réfléchit de plus en plus, que ça carbure à plein régime dans sa petite tête et dans son cœur. Elle comprend et accepte de mieux en mieux les limites que nous nous imposons en tant que consommateurs et s’indigne sincèrement de tous ces pollueurs « qui ne pensent pas à ceux qui vont payer pour leurs comportements. » Elle commence à se poser des questions sur les croyances qui circulent autour elle, et cela nous rassure de plus en plus. Elle se discipline elle-même. Devient studieuse, s’ouvre l’esprit, s’engage à l’école pour toutes sortes de causes dont on sent qu’elle se préoccupe vraiment.
Je ne sais pas ce qui provoque ça, et je ne veux pas le savoir.
Je savoure et je croise les doigts.
